Les 72 premières heures

Une fois les secours partis et la sécurité assurée, cinq réflexes, dans l'ordre. Ce sont eux qui déterminent la solidité de votre dossier trois mois plus tard.

1

Ne touchez à rien

Ne jetez aucun débris, ne nettoyez pas, ne faites pas évacuer les biens détruits avant le passage de l'expert. Ce qui a brûlé est votre preuve.

2

Photographiez et filmez tout

Pièce par pièce, avant toute intervention. Prenez large, puis en détail. Ces images vous appartiennent et personne ne pourra les contester ensuite.

3

Récupérez le rapport des pompiers

Auprès du SDIS. Il datera et localisera le départ de feu — un élément déterminant pour la suite, notamment si un tiers est en cause.

4

Déclarez le sinistre sous 5 jours ouvrés

L'article L113-2 du Code des assurances prévoit que le délai contractuel ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés à compter du moment où vous avez connaissance du sinistre. Passé ce délai, l'assureur peut opposer une déchéance de garantie s'il démontre que le retard lui a causé un préjudice.

5

Prenez les mesures conservatoires

Bâchage, coupure des fluides, gardiennage si le local est ouvert. Elles sont attendues de vous, et les frais engagés sont généralement pris en charge — gardez les factures. Votre garantie assistance peut aussi les organiser et les financer directement.

Déclarez même si ça paraît mineur

Un début d'incendie sans dégâts visibles peut avoir fragilisé une installation électrique ou une structure. Déclarer ouvre vos droits et permet une expertise. Si les dommages s'avèrent inférieurs à votre franchise, vous restez libre de renoncer à l'indemnisation — mais vous serez protégé si un dommage caché ressort dans six mois.

À l'inverse, voici les quatre réflexes qui coûtent le plus cher, et que je vois revenir dossier après dossier.

🧹

Nettoyer avant l'expertise

Le geste est humain, l'effet est désastreux : vous détruisez la preuve de ce que vous avez perdu et de l'ampleur des dégâts.

🗑️

Jeter les biens détruits

Un appareil calciné reste un justificatif. Sans lui, c'est votre parole contre un chiffrage.

✍️

Signer trop vite

L'acceptation d'une proposition d'indemnisation vaut accord et referme la discussion. Ne signez jamais sans avoir compris chaque ligne.

📵

Chercher le numéro d'assistance dans le local

Il a brûlé avec le reste. Ce numéro doit être enregistré dans votre téléphone, dès aujourd'hui.

Comment se déroule réellement une expertise

L'expertise n'est pas une visite de courtoisie : c'est elle qui détermine votre indemnité, le périmètre des travaux et, très concrètement, votre capacité à reconstruire.

Qui vient, et pour qui travaille-t-il ?

L'expert qui se présente est mandaté et rémunéré par votre compagnie. Il est tenu à la rigueur technique, mais il travaille dans le cadre du contrat et pour le compte de l'assureur. Sa mission : établir les causes et circonstances, chiffrer les dommages, vérifier l'application des garanties — et donc aussi vérifier si une exclusion, une vétusté, une sous-assurance ou un manquement à une obligation de prévention peut réduire l'indemnité.

Le déroulé type

  • Première visite de reconnaissance, généralement une à trois heures selon l'ampleur. Constat des dégâts, recherche du point de départ, premières mesures.
  • État des pertes. On vous demandera la liste détaillée de ce que vous avez perdu, avec justificatifs. C'est le document central du dossier — et l'étape où l'absence de preuves coûte le plus cher.
  • Chiffrage et arbitrages : valeur à neuf ou vétusté déduite, biens réparables ou irrécupérables, périmètre des travaux, sort des biens partiellement atteints — les textiles enfumés font souvent débat.
  • Rapport et proposition d'indemnisation. De quelques semaines pour un sinistre simple à plusieurs mois pour un sinistre lourd.
Le levier contre l'enlisement — et sa limite

L'article L122-2 du Code des assurances prévoit que si, dans les trois mois à compter de la remise de l'état des pertes, l'expertise n'est pas terminée, l'assuré a le droit de faire courir les intérêts par sommation ; et que si elle n'est pas terminée dans les six mois, chacune des parties peut procéder judiciairement.

Attention toutefois : ce délai de six mois n'est pas seulement une faculté, c'est aussi une condition de recevabilité. Dans un arrêt du 13 mars 2025, la Cour de cassation a jugé que les parties ne sont pas recevables à saisir le juge avant son expiration, sauf si l'expertise amiable a pris fin plus tôt — ou si l'assureur a fait connaître son refus de garantie, cas dans lequel l'assuré peut contester immédiatement.

L'expert d'assuré : ce qu'il fait, ce qu'il coûte

L'expert d'assuré — aussi appelé contre-expert — est un professionnel indépendant que vous mandatez. Il analyse votre contrat, évalue vos préjudices et vous assiste face à l'expert de la compagnie. Sa présence transforme une expertise unilatérale en expertise contradictoire : les deux experts confrontent leurs constats et doivent s'accorder sur un montant.

Quand y faire appel

Le plus tôt possible, idéalement dès la survenance du sinistre, et en tout cas avant d'accepter la proposition d'indemnisation de l'assureur. Une acceptation vaut accord et referme la discussion. Le recours se justifie surtout quand les enjeux sont élevés : sinistre total ou lourd, perte d'exploitation, local professionnel, cause du feu discutée, ou dès que le chiffrage proposé vous paraît sans rapport avec ce que vous avez perdu.

Combien ça coûte

Ses honoraires sont libres et doivent être fixés dans un contrat de mission signé avant l'intervention. Ils sont le plus souvent calculés en pourcentage de l'indemnité obtenue — les praticiens du secteur communiquent des fourchettes de l'ordre de 5 à 12 %, très variables selon la complexité du dossier.

Mais surtout : si votre contrat comporte une garantie « honoraires d'expert », ou « frais d'expertise », l'assureur en prend tout ou partie en charge, généralement dans la limite d'un pourcentage de l'indemnité globale. C'est une ligne discrète des conditions particulières, peu coûteuse à la souscription, et qui change tout le jour du sinistre. Vérifiez-la maintenant, pas après.

Et si les deux experts ne s'entendent pas ?

On passe à la tierce expertise : un troisième expert est désigné conjointement par les deux premiers — ou, à défaut d'accord, par le tribunal compétent du lieu du sinistre. Ses honoraires sont alors partagés à parts égales entre l'assuré et l'assureur. C'est la dernière étape avant le contentieux, et elle suffit à débloquer la plupart des dossiers.

À retenir

Expert de compagnie, expert d'assuré et expert judiciaire ne s'opposent pas : leurs rôles sont complémentaires. La grande majorité des sinistres se règle à l'amiable. Le contradictoire n'est pas un conflit, c'est simplement un débat technique à armes égales.

Depuis mai 2026, l'assureur doit vous parler de la contre-expertise

C'est une évolution récente et directement utile ici. La loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 a inséré dans le Code des assurances un article L113-5-1 nouveau, qui oblige l'assureur, lors de la survenance d'un sinistre, à informer l'assuré de son droit de solliciter une contre-expertise menée par un expert de son choix et à ses frais.

Ce que ça change, et ce que ça ne change pas

Ce que ça change : vous n'avez plus à découvrir ce droit par vous-même. L'information vous est due, et son absence est un manquement opposable. Cette disposition s'applique sans attendre de décret.

Ce que ça ne change pas : la contre-expertise reste à vos frais, sauf si votre contrat comporte la garantie honoraires d'expert évoquée plus haut. Et le nouvel article L121-18, qui encadrera les délais d'indemnisation — six mois avec expert, deux mois sans —, est lui suspendu à la publication d'un décret qui n'est pas paru. Ne comptez pas encore dessus.

Votre contrat finance-t-il votre propre expert ?

30 minutes pour vérifier vos garanties honoraires d'expert, défense-recours et assistance — et préparer votre dossier de preuves.

Réserver mon créneau →

Défense-recours, protection juridique, assistance : qui fait quoi

Trois garanties qu'on confond en permanence, et qui interviennent à des moments très différents.

01

Défense-recours

Accessoire à la responsabilité civile. Vous défend si l'on vous poursuit, ou porte votre recours contre un tiers identifié.

02

Protection juridique

Beaucoup plus large, et indépendante d'un sinistre. C'est elle qui finance la contestation d'un rapport d'expertise ou d'un refus de garantie.

03

Assistance

La plus immédiate et la plus sous-estimée. Relogement, gardiennage, garde-meuble, avance de fonds, dans les heures qui suivent.

La défense-recours (DPRSA)

C'est une garantie accessoire à la responsabilité civile, présente dans la plupart des contrats habitation, auto et professionnels. Elle joue dans deux sens : en défense, si vous êtes poursuivi à la suite d'un sinistre couvert par le contrat — par exemple si le feu parti de chez vous a endommagé la maison du voisin ; en recours, si vous voulez obtenir réparation d'un dommage causé par un tiers identifié, comme un incendie propagé depuis une parcelle voisine mal débroussaillée ou une installation défectueuse posée par un artisan.

Elle prend en charge les frais d'avocat, de procédure et d'expertise, dans les plafonds du contrat. Son champ est limité aux litiges rattachés au contrat qui la contient : le recours contre un automobiliste relève de l'auto, pas de l'habitation.

La protection juridique

Plus large. C'est un contrat, ou une garantie optionnelle, qui couvre des litiges dans des domaines nombreux — consommation, logement, travail, voisinage, fiscalité selon les formules — indépendamment de la survenance d'un sinistre. Elle inclut généralement un service d'information juridique par téléphone, une phase amiable, puis la prise en charge des frais de procédure.

Après un incendie, c'est souvent elle qui finance la contestation d'un rapport d'expertise ou d'un refus de garantie — un cas où la défense-recours, cantonnée à la responsabilité civile, n'intervient pas.

La garantie assistance

Selon les contrats : relogement d'urgence, hébergement des premières nuits, gardiennage du logement ou du local, transfert et garde-meuble des biens sauvés, garde des animaux, avance de fonds, acheminement d'un professionnel en urgence.

Elle se déclenche par un numéro dédié, à appeler dans les premières heures — pas la semaine suivante.

Le dossier que vous devriez déjà avoir dans un cloud

C'est le cœur du sujet. Après un incendie, la charge de la preuve vous incombe : c'est à vous d'établir ce que vous possédiez et ce que ça valait. Or vos factures, vos contrats et vos justificatifs ont brûlé avec le reste.

Créez aujourd'hui un dossier dans un cloud — Drive, iCloud, Dropbox, peu importe, du moment qu'il n'est pas dans les murs — et partagez-le avec une personne de confiance.

Votre dossier de preuves, à constituer maintenant
Contrats d'assurance : conditions particulières et générales en PDF, n° de police, contact du courtier
Une vidéo d'inventaire annuelle : chaque pièce, placards et tiroirs ouverts, commentée à voix haute
Factures de tous les biens de plus de 500 €, objets de valeur et matériel professionnel
À défaut de facture : relevés bancaires, mails de commande, photos des étiquettes et n° de série
Documents du bien : acte de propriété ou bail, taxe foncière, plans, devis de travaux réalisés
Preuves d'entretien : ramonage, chaudière, contrôle électrique, vérification des extincteurs
Photos datées du débroussaillement, prises chaque année en juin
Papiers personnels : pièces d'identité, livret de famille, carte Vitale, permis, carte grise
Pour une entreprise : inventaire du matériel valorisé, liasses fiscales des 3 derniers exercices
Pour une entreprise : état des stocks, contrats clients et fournisseurs en cours

Le cas varois : le débroussaillement, une pièce du dossier d'expertise

Dans le Var, un élément supplémentaire s'invite dans l'expertise dès qu'un feu de végétation est en cause. Les obligations légales de débroussaillement y sont réglementées par l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2025, opposable depuis le 29 septembre 2025, pris dans le prolongement de la loi du 10 juillet 2023. Les 153 communes du département sont concernées, avec une échéance annuelle au 15 juin.

La sanction assurantielle

L'article L122-8 du Code des assurances autorise l'assureur, en cas de dommages procédant d'un incendie de forêt, à appliquer une franchise supplémentaire d'un montant maximum de 5 000 € lorsqu'il est établi que l'assuré n'a pas respecté ses obligations de débroussaillement. Elle s'ajoute à la franchise de votre contrat, elle ne la remplace pas.

Vos trois photos horodatées de juin ne sont donc pas un détail administratif : ce sont des pièces de dossier.

À cela s'ajoute le risque de voir votre responsabilité civile engagée vis-à-vis des voisins si le défaut de débroussaillement a contribué à la propagation. C'est là que votre garantie défense-recours entre en jeu — et c'est une raison de plus de vérifier qu'elle existe avant d'en avoir besoin.

Ce qu'il faut retenir

Une expertise après incendie n'est ni une formalité ni un piège : c'est un processus technique où l'assuré informé et documenté obtient un résultat très différent de l'assuré démuni. Déclarez dans les cinq jours ouvrés, ne touchez à rien, photographiez tout, vérifiez si votre contrat finance un expert d'assuré, et n'acceptez jamais une proposition d'indemnisation sans l'avoir comprise ligne à ligne.

Et si vous êtes à Flassans-sur-Issole, Brignoles, Draguignan, Toulon ou ailleurs dans le 83 : le bon moment pour préparer tout cela, c'est aujourd'hui. Pas le lendemain du sinistre. C'est là que sert un courtier indépendant — être celui qui décroche quand ça ne va pas, et qui a lu le contrat avant vous.

Sources

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un expert d'assuré et qui paie ses honoraires ?
L'expert d'assuré, ou contre-expert, est un professionnel indépendant que vous mandatez vous-même pour analyser votre contrat, évaluer vos préjudices et vous assister face à l'expert de la compagnie. Sa présence rend l'expertise contradictoire. Ses honoraires sont libres et doivent être fixés dans un contrat de mission signé avant l'intervention ; ils sont le plus souvent calculés en pourcentage de l'indemnité obtenue. De nombreux contrats comportent toutefois une garantie « honoraires d'expert » qui les prend en charge, en tout ou partie, dans la limite d'un pourcentage de l'indemnité globale.
Quel est le délai pour déclarer un incendie à son assureur ?
L'article L113-2 du Code des assurances prévoit que le délai contractuel de déclaration ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés à compter du moment où l'assuré a connaissance du sinistre. Passé ce délai, l'assureur peut opposer une déchéance de garantie, mais uniquement s'il démontre que le retard lui a causé un préjudice. Mieux vaut déclarer même un début d'incendie sans dégâts apparents : cela ouvre vos droits et permet une expertise, et vous restez libre de renoncer à l'indemnisation si les dommages s'avèrent inférieurs à votre franchise.
Que faire si l'expertise après incendie n'avance pas ?
L'article L122-2 du Code des assurances prévoit que si l'expertise n'est pas terminée dans les trois mois à compter de la remise de l'état des pertes, l'assuré a le droit de faire courir les intérêts par sommation, et que si elle n'est pas terminée dans les six mois, chacune des parties peut procéder judiciairement. La Cour de cassation a précisé en mars 2025 que ce délai de six mois est aussi une condition de recevabilité : une action introduite avant son expiration est irrecevable, sauf si l'expertise amiable a pris fin plus tôt ou si l'assureur a fait connaître un refus de garantie.
Thèmes abordés
expert d'assuré expertise après incendie contre-expertise assurance déclaration de sinistre 5 jours défense-recours protection juridique courtier assurance Var