La garantie incendie, l'ancêtre de tous vos contrats
Avant le dégât des eaux, avant le vol, avant les catastrophes naturelles : il y a eu le feu. L'assurance moderne est née après le grand incendie de Londres de 1666, quand les premières compagnies se sont créées pour indemniser des maisons parties en fumée. En France, le socle est resté : l'article L122-1 du Code des assurances dispose que l'assureur contre l'incendie répond de tous les dommages causés par conflagration, embrasement ou simple combustion.
Ce texte contient un piège que peu d'assurés connaissent. Le même article précise que l'assureur ne répond pas, sauf convention contraire, des dommages causés par la seule action de la chaleur ou par le contact direct avec une substance incandescente, s'il n'y a eu ni incendie ni commencement d'incendie.
Traduction concrète : la braise du barbecue qui roussit votre bâche de piscine, la cigarette qui creuse un trou dans le canapé, le fer à repasser oublié sur la table — ce ne sont pas des incendies au sens du contrat. Pas de flamme hors d'un foyer normal, pas de garantie. Il faut alors vérifier ce que vos conditions générales prévoient, par exemple une extension « dommages ménagers » ou « brûlures accidentelles ».
L'incendie assurable, c'est une combustion avec flammes en dehors d'un foyer normal. Un feu de cheminée qui reste dans la cheminée n'est pas un sinistre. Le même feu qui prend dans le conduit et attaque la charpente, si.
Ce qui est vraiment couvert : le socle et les extensions
Aucun contrat sérieux ne se limite au socle légal. Mais toutes les extensions ne sont pas dans tous les contrats, et c'est là que se creusent les écarts entre deux devis qui affichent le même prix.
Un mot sur les fumées, parce qu'on les sous-estime systématiquement : un feu circonscrit à une pièce peut enfumer 120 m² et imposer un nettoyage complet, voire le remplacement de tous les textiles. Et sur la foudre : attention à la distinction entre l'impact direct sur le bâtiment, généralement couvert, et la surtension qui grille l'électroménager, qui relève d'une autre garantie.
Voici justement les quatre extensions qui manquent le plus souvent aux contrats que j'audite.
Dommages électriques
Indemnise les appareils détruits par une surtension, un court-circuit ou un coup de foudre indirect, même sans incendie déclaré. Souvent en option, avec un plafond distinct du capital mobilier.
Frais de déblaiement et démolition
Évacuer les gravats d'une maison sinistrée coûte cher. Souvent limité à 5 ou 10 % de l'indemnité, ce qui est parfois très insuffisant.
Relogement et perte d'usage
Combien de mois, à quel plafond mensuel ? C'est la ligne qui change tout dans les six mois qui suivent le sinistre.
Honoraires d'expert
Elle vous permet de faire financer votre propre expert d'assuré. Peu coûteuse à la souscription, déterminante le jour du sinistre.
Une famille de Brignoles, feu de tableau électrique. Bâtiment garanti correctement, mais dommages électriques plafonnés à 1 500 € et frais de déblaiement à 5 % de l'indemnité.
Résultat : 6 400 € restés à leur charge sur un sinistre pourtant « pris en charge ». Ce n'est pas la garantie qui manquait, ce sont les plafonds.
Les 6 curseurs à vérifier dans votre contrat habitation
Prenez vos conditions particulières — deux pages, pas plus — et regardez ces six lignes, dans l'ordre. C'est l'exercice que je fais avec chaque nouveau client.
Le capital mobilier déclaré
C'est le montant maximum que vous toucherez pour vos biens. Refaites le calcul pièce par pièce : meubles, électroménager, informatique, vélos, outillage, vêtements, accessoires, vaisselle, bijoux. La plupart des contrats varois que j'audite sont sous-évalués de 30 à 50 %.
La base d'indemnisation
Valeur à neuf, valeur d'usage, ou vétusté déduite ? Un canapé de huit ans indemnisé en valeur d'usage, c'est parfois 15 % du prix de remplacement.
Les objets de valeur
Presque toujours sous-plafonnés séparément — le fameux « capital X € dont 5 % pour les objets de valeur » — avec parfois une obligation de coffre ou de protection mécanique. Lisez la définition : elle commence souvent dès 1 500 € par objet.
La franchise
Générale, ou spécifique à l'incendie ? Un montant fixe, ou un pourcentage du sinistre avec minimum et maximum ? La réponse change beaucoup de choses sur un sinistre moyen.
Les extensions
Dommages électriques, déblaiement, relogement, honoraires d'expert : présentes ou absentes, et surtout à quel plafond. C'est là que se logent les restes à charge.
Les mesures de prévention imposées
Certains contrats conditionnent la garantie au ramonage annuel, à la conformité électrique ou — dans le Var — au débroussaillement. Une condition non respectée, c'est une indemnité qui saute ou qui fond.
Selon le bilan 2025 de France Assureurs, le coût moyen d'un sinistre incendie en habitation a augmenté de 118 % en vingt ans, dont près de 50 % depuis 2020, et encore 12 % sur la seule année 2025.
Plus parlant encore : l'étude publiée en juillet 2026 montre que l'incendie est devenu le premier poste d'indemnisation en assurance habitation, avec 28,7 % de la charge des sinistres devant les dégâts des eaux — et le coût moyen le plus élevé de tous les sinistres, à plus de 14 000 €. Un capital déclaré en 2014 n'a plus aucun rapport avec les coûts d'aujourd'hui.
Faisons le point sur votre garantie incendie
30 minutes pour relire vos conditions particulières, vérifier vos capitaux et vos extensions. Habitation, multirisque pro ou auto.
Pour les professionnels, la mécanique est plus dure
En multirisque professionnelle, la règle proportionnelle de capitaux s'applique de plein droit, sauf clause contraire. L'article L121-5 du Code des assurances prévoit que si la valeur réelle du bien dépasse la somme garantie, l'assuré reste son propre assureur pour l'excédent et supporte une part proportionnelle du dommage. Concrètement : un matériel déclaré à la moitié de sa valeur réelle est indemnisé à la moitié, même sur un sinistre partiel.
La même logique s'applique à la perte d'exploitation, qui reconstitue votre marge brute et vos frais fixes pendant l'arrêt d'activité. Une marge sous-déclarée réduit l'indemnité dans la même proportion. D'où l'intérêt d'actualiser sa déclaration de capitaux chaque année, ce que la plupart des dirigeants ne font jamais.
Si vous êtes chef d'entreprise, les sept curseurs incendie de votre multirisque professionnelle sont détaillés dans l'article qui leur est consacré : capitaux, perte d'exploitation, dommages électriques, bris de machine, déblaiement, honoraires d'expert et conditions de prévention.
Et si vous voulez repartir de zéro sur l'ensemble de vos contrats, c'est l'objet d'un audit d'assurance entreprise.
Et l'incendie de votre voiture ?
Beaucoup de conducteurs le découvrent trop tard : la formule au tiers ne couvre pas l'incendie de votre propre véhicule. La responsabilité civile automobile indemnise les dommages que vous causez aux autres, pas la destruction de votre voiture.
Pour être couvert, il faut la garantie incendie-vol — souvent vendue en bloc dans les formules dites « tiers étendu » — ou une formule tous risques. Deux points à vérifier en plus : la base d'indemnisation retenue (valeur à dire d'expert, valeur d'achat les premières années, valeur de remplacement à neuf ?) et la couverture des véhicules stationnés lors d'un incendie de végétation, un vrai sujet ici l'été. Si vous roulez dans le 83, ces réflexes rejoignent ceux que je détaille dans mon guide sur l'assurance auto dans le Var.
Dans le Var, une variable que personne d'autre n'a
C'est la sanction la plus méconnue du droit des assurances, et elle vise directement les Varois.
L'article L122-8 du Code des assurances autorise l'assureur à appliquer une franchise supplémentaire d'un montant maximum de 5 000 €, en plus de la franchise contractuelle, lorsque les dommages résultent d'un feu de forêt et qu'il est établi que l'assuré n'a pas respecté ses obligations légales de débroussaillement.
Elle s'ajoute, elle ne remplace pas. Sur un sinistre déjà lourd, c'est un reste à charge de plus.
Or dans le Var, l'obligation légale de débroussaillement n'est pas une option. Les services de l'État dans le Var l'encadrent par l'arrêté préfectoral du 26 septembre 2025, opposable depuis le 29 septembre, dans le prolongement de la loi du 10 juillet 2023 dite « loi incendie » : 153 communes concernées, propriétaires situés à moins de 200 mètres d'un massif, débroussaillement dans un rayon de 50 mètres autour des constructions — jusqu'à 100 mètres sur décision du maire ou du préfet, ou en zone PPRIF — et échéance annuelle fixée au 15 juin. Le département compte 388 000 hectares de forêts et 68 000 hectares de landes, et neuf départs de feu sur dix y sont d'origine humaine.
À cela s'ajoutent les sanctions administratives : amende pouvant atteindre 50 € par mètre carré non débroussaillé, astreinte journalière, travaux d'office aux frais du propriétaire. Et surtout, si le défaut de débroussaillement a contribué à la propagation, votre responsabilité civile — et pénale — peut être engagée vis-à-vis des voisins.
Photographiez vos abords débroussaillés chaque année, en juin, avec la date. Trois photos horodatées dans un cloud, c'est votre preuve le jour où un expert vous demandera si vous étiez en règle. Ça ne coûte rien et ça peut valoir 5 000 €.
Le dossier que vous devriez déjà avoir
Après un incendie, ce qui bloque une indemnisation, ce n'est presque jamais la mauvaise foi de l'assureur. C'est l'absence de preuves. Vos factures ont brûlé avec le reste, et c'est à vous qu'incombe la charge de prouver ce que vous possédiez.
Constituez donc, dès aujourd'hui, un dossier dans un cloud — Drive, iCloud, Dropbox, peu importe, du moment qu'il n'est pas dans la maison.
Et le jour J : la déclaration se fait dans les 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre, conformément à l'article L113-2 du Code des assurances. Passé ce délai, l'assureur peut opposer une déchéance de garantie s'il démontre que le retard lui a causé un préjudice. Déclarez même un sinistre qui vous semble mineur : une surchauffe apparemment sans gravité peut avoir fragilisé une installation électrique ou une structure. Pour la suite du parcours, j'ai détaillé le déroulé complet dans l'article sur l'expertise après un incendie.
En résumé
La garantie incendie n'est pas une case à cocher : c'est un empilement de lignes dont chacune peut coûter plusieurs milliers d'euros le jour du sinistre. Le socle légal est étroit, les extensions font la vraie couverture, les capitaux déclarés déterminent l'indemnité, et dans le Var le débroussaillement s'ajoute comme une condition de fait.
Si vous vivez à Flassans-sur-Issole, Brignoles, Draguignan, Toulon ou n'importe où dans le 83, prenez trente minutes pour relire vos conditions particulières. Et si les six curseurs ci-dessus ne vous parlent pas, c'est exactement le travail d'un courtier indépendant : lire à votre place, comparer sans mandat exclusif, et vous dire honnêtement si votre contrat tient debout — ou pas.
Sources
- Code des assurances, article L122-1 — Légifrance, définition de la garantie incendie
- Code des assurances, article L113-2 — Légifrance, délai de déclaration de sinistre
- Code des assurances, article L121-5 — Légifrance, règle proportionnelle de capitaux
- Code des assurances, article L122-8 — Légifrance, franchise supplémentaire en cas d'incendie de forêt
- Loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 — Légifrance, prévention et lutte contre le risque incendie
- Préfecture du Var — Débroussaillement obligatoire dans le Var — arrêté préfectoral du 26 septembre 2025
- France Assureurs — L'assurance en 2025 — bilan annuel, mars 2026
- France Assureurs — L'assurance habitation en 2025 — étude publiée en juillet 2026